Et la Marmotte ?

Une conférence spectaculaire d’Hortense Belhôte

UNE PRODUCTION DU CCN2
EN DIFFUSION SUR LE TERRITOIRE

Hortense Belhôte est artiste et historienne de l’art. Elle travaille depuis plusieurs années un concept de conférences spectaculaires qui mêlent transmission de savoirs, histoires personnelles et vidéo-projection. Son objectif est de populariser des concepts pointus, pensés par des universitaires ou des minorités, de manière ludique et documentée, en bousculant nos hiérarchies culturelles et dans une perspective volontiers féministe.

Suite à l’expérience de L’Autre colo, est né le projet de création d’une conférence spectaculaire sur les espaces montagneux, qui s’est construite au fur et à mesure d’ateliers réalisés avec des jeunes tout en les interrogeant sur leur rapport à la montagne, la place de la montagne dans leur vie. Parmi les thèmes abordés sont interrogés la relation ville – montagne, la place des corps des classes populaires dans la montagne, la montagne comme enjeu d’éducation populaire.

Créée les 14 et 15 octobre 2022 au Théâtre 145 – TMG

Prochaines dates de tournée :

  • 21 février2023 / Institut des métiers et des techniques – Grenoble (représentations scolaires)
  • 15 juillet 2023 / Festival L’Arpenteur – Les Adrets
  • Un cycle de plusieurs représentations dans le Beaufortain et la Tarentaise dans le cadre des « Chemin d’artistes » proposé par Le Dôme Théâtre – Albertville

D’autres pistes de diffusion sont à l’étude actuellement.
Contact pour la diffusion : marie.vacher@ccn2.fr

« Les montagnes, c’est comme le foot, il y en a partout.
Elles sont toutes différentes, chacune a ses légendes et ses usages, pour-tant une sensation d’étrange parenté s’installe peu à peu dans le cœur de celui qui laisse ses pas le perdre sur les sentiers escarpés…
Mais qu’en pensent les petit.e.s citadin.e.s grenoblois.e.s ?
Les bergères pyrénéennes ?
Les premières de cordées de l’Everest ?
Les demandeurs d’asile des Alpes ?
Et surtout, les marmottes ? »
Hortense Belhôte 

Pour aller plus loin

Dossier artistique

Entretien avec Hortense Belhôte
Propos recueillis par Mélanie Drouère pour MaCulture.fr, octobre 2022

Hortense Belhôte, « archéologue de la culture pop »
Aurélien Martinez, Petit Bulletin Grenoble, 2022

Livrer un récit relève toujours de choix et lorsque l’objet de ce récit concerne « la » montagne, on peut facilement être pris·e de vertige : qu’en dire ? comment le dire ? que doit-on en dire ? que n’a-t-on pas (encore) dit et écrit ? qu’attend-on de moi sur le sujet ? Trop vaste « la » montagne, trop haute, trop générale, trop représentée, trop… et pourtant, Hortense Belhôte s’est lancée et a choisi. Elle a construit un récit qui raconte bien plus que « la » montagne. Ce sont davantage des montagnes qu’elle met en scène, en mots, en histoires. Elle saisit les enjeux de ces espaces d’altitude, dans toute leur épaisseur historique, dans toute leur variété paysagère et, surtout, dans toute leur complexité. Ainsi, dans son récit, les pics et sommets enneigés des Alpes sont loin d’être centraux.

Proche de la conférence gesticulée, outil d’éducation populaire popularisé par Franck Lepage, la performance d’Hortense Belhôte jongle entre les échelles et les focales. Son histoire familiale ren-contre habilement d’autres histoires, celles de figures plus ou moins connues, telles que la militante féministe afro-descendante Harriet Tubman, le géographe anarchiste Élisée Reclus, l’architecte de la station des Arcs Charlotte Perriand, le sociologue Pierre Bourdieu. S’entremêlent, sans hiérarchie, des outils de pensée et cadres d’analyse, propres aux sciences sociales, et des références à la culture populaire, autant que des éléments de la trajectoire personnelle d’Hortense Belhôte. Ainsi, dans son récit, le macro ne l’emporte pas sur le micro, mais l’un et l’autre se nourrissent mutuellement.

La conférence performée d’Hortense Belhôte, ou performance « conférencée », a pour particularité de mettre en avant ce que l’on a oublié des espaces de montagne, ou plutôt, ce que l’on n’a pas voulu en dire, ce qui a été rendu invisible par les récits hégémoniques. On entre en montagne par quelques grandes lignes, mais aussi par les espaces rendus périphériques, par les marges, les non-dits, les personnes minorisées. À l’appui d’un diaporama, Hortense Belhôte expose, transmet, illustre l’his-toire de personnes largement oubliées ou invisibilisées. Elle ose raconter les individus, les groupes sociaux, auxquels on ne pense pas spontanément lorsque s’activent les imaginaires dominants de la montagne. Ainsi, dans son récit, les hommes bourgeois ne prédominent pas. 

Comme tout espace, la montagne est l’affaire de pratiques donc de corporéités. Alors, on suit le corps d’Hortense Belhôte qui sillonne la scène, joue avec l’écran placé derrière elle, s’étire comme la confé-rencière pour pointer et orienter notre regard de spectateur/spectatrice, se plie sur les skis pour dévaler une pente enneigée virtuelle, s’allège à la faveur de sa randonnée vers un refuge. Là encore, les pratiques présentées au fil de l’ascension qu’elle nous propose, ne sont pas que sportives ou tou-ristiques ou exceptionnelles, elles sont aussi ordinaires, habitantes, itinérantes, agricoles, ouvrières, résistantes et combatives. Ainsi, dans son récit, l’alpinisme n’est pas la seule pratique légitime.

La proposition d’Hortense Belhôte a ceci de politique qu’elle est un récit de la déconstruction ; une déconstruction obtenue par la rigueur scientifique de ses recherches, par le décentrement de son regard, par sa précision, par son enthousiasme et son humour. C’est une joie, et sans doute une joie radicale, qui sous-tend l’enchaînement des scènes jouées par Hortense. Le goût pour la pop culture n’empêche en rien une réflexion critique sur cet objet « montagne ».
En définitive, Hortense Belhôte s’empare d’autres histoires, accueille d’autres voix et surmonte le vertige, que provoque un récit dominant, à sens unique, sur « la » montagne.

Léa Sallenave, Docteure en géographie,
Post-doctorante à l’UNIGE

Durée environ 1h

Production CCN2 – Centre chorégraphique national de Grenoble

Co-accueil TMG, Centre des arts du récit, Hexagone scène nationale arts sciences dans le cadre de Ex-perimenta, la Biennale

Remerciements Léa Sallenave, docteure en géographie et post-doctorante à l’UNIGE, Naïm Aït Sidhoum, Valentin Lergès et Julien Perrin des Films de la Villeneuve, Clotilde Tuaillon, enseignante à l’Institut des Métiers et des Techniques de Grenoble, Laura Villeton-Pachot du Service Jeunesse de la Communauté de Communes de l’Oisans, Manon Crochemore de Fabrik Cassiopée ainsi que les équipes du TMG, de l’Hexagone et du CCN2.

Le CCN2 est financé par la Drac Auvergne-Rhône-Alpes/Ministère de la culture et de la communication,
Grenoble-Alpes métropole, le Département de l’Isère, la Région Auvergne– Rhône-Alpes.

Crédit photo Pascale Cholette