Minen kolotiri, SCULPTER LE DROIT PAR LE DROIT – le bureau des dépositions

Mardi 8 novembre 2022  19:00 • Grand Studio du CCN2

Gratuit, sur réservation

Et si être co-auteur et co-autrice d’une œuvre d’art, alors qu’on est femme ou homme étranger·e sans autorisation de séjour, permettait d’opposer un droit de séjour sur le territoire français ? Depuis 2018, dix co-auteurs et co-autrices opposent leurs œuvres performatives et immatérielles au contentieux du droit des étranger.e.s qui cherche à éloigner, expulser hors de France certains·es d’entre elleux. En public-assemblée, Minen Kolotiri propose de négocier ensemble des articles d’un contrat de co-auteur. Quels liens et obligations réciproques nous lient quand on le signe ?

Bureau des dépositions est une création et une recherche, entre art conceptuel, droit et sciences humaines, menée depuis 2018 à Grenoble, par dix co-autrices, co-auteurs : Mamadou Djouldé Baldé, Ben Bangoura, Aliou Diallo, Pathé Diallo, Mamy Kaba, Ousmane Kouyaté, Laye Diakité, Sarah Mekdjian, Marie Moreau, Saâ Raphaël Moundekeno.

Le Bureau des déposition a commencé à se former en 2018, au Patio solidaire, squat occupé par des personnes principalement en demande d’asile sur le campus de l’Université Grenoble Alpes, dans d’anciens locaux voués à destruction d’un laboratoire de recherche en droit.

Les co-autrices, co-auteurs étudient et oeuvrent à transformer plusieurs formes contemporaines de gouvernementalité: notamment la multiplication de différentiels juridiques entre citoyens et étrangers, demandeurs d’asile, réfugiés…, la flexibilisation de ces statuts et leurs mises en concurrence, en lien notamment avec le procès de capture de la force de travail.

Les dix co-autrices, co-auteurs étudient ensemble, écrivent des textes, et les performent en public depuis des temps de lecture et d’improvisation, qui les prolongent et les questionnent.

 Exercice de justice spéculative et Minen Kolotiri. Sculpter le droit par le droit, sont deux performances artistiques, juridiques et de recherche, où les dix co-autrices, co-auteurs, sur scène et en public,  remettent en jeu leurs textes depuis des temps parlés improvisés.

Ces performances, activées depuis des institutions artistiques et scientifiques (Centre national d’art contemporain à Grenoble, Scène nationale de théâtre L’Hexagone, Université Grenoble Alpes…), repose sur un contrat de co-auctorialité signé entre l’ensemble des co-auteurs, co-autrices (œuvre originale de collaboration, selon les termes du code de la propriété intellectuelle), qui stipule que les co-auteurs, co-autrices sont non-interchangeables.

Des contrats sont également signés avec les institutions qui invitent la performance, ou invitent les co-autrices, co-auteurs à des résidences de recherche ou création. Ces contrats stipulent que si un des co-auteurs ne peut être physiquement avec les autres pour créer, performer, en raison de l’évolution de son statut administratif (expulsion, transfert, privation de liberté…), la performance ou la résidence ne peut continuer à être créée, ni avoir lieu.

Cette situation s’est déjà produite en mai 2019. Alors invités en résidence de création au Centre national d’art contemporain à Grenoble, deux co-auteurs ont été éloignés du territoire français contre leur gré pendant 90 jours, en raison de leur statut administratif. La résidence de création n’a pas pu avoir lieu.

Les co-autrices, co-auteurs du Bureau des dépositions, avec le conseil d’une avocate, travaillent au dépôt d’une requête juridique pour demander à un tribunal compétent qu’il constate les atteintes et entraves subies en raison de ces éloignements, notamment atteinte à intégrité de l’œuvre, atteinte au droit de divulgation de l’œuvre, entrave à la liberté de création artistique.

Article du Monde sur le Bureau des dépositions, 19 février 2020